The Revenant : un revenge movie sublimé [Critique]

Notre avis

810

Sorte de western d’une violence éblouissante, splendide ode à la nature, The Revenant est un spectacle visuel et sensoriel sans égal, porté par un Leonardo DiCaprio au sommet de sa carrière.

La vengeance est un plat qui se mange froid, et c’est une bonne nouvelle pour The Revenant, le nouveau film d’Alejandro G. Iñárritu, car il existe peu d’histoires de vengeance aussi glaciales que celle-ci. Le réalisateur mexicain, qui avait remporté l’Oscar du meilleur film pour Birdman en 2015, a puisé cette fois-ci son inspiration dans le folklore américain du début du XIXème siècle pour raconter la légende de Hugh Glass, un trappeur américain violemment attaqué par un ours et laissé pour mort par les autres membres de son équipe ; guidé par son instinct de survie et sa soif de vengeance, il parvient à traverser seul plus de 300 kilomètres de nature sauvage pour rejoindre la civilisation.

The Revenant

Une éloquence silencieuse

Leonardo DiCaprio est Hugh Glass, et s’il n’a pas plus d’une douzaine de lignes dans le film, sa performance est saisissante et palpitante dans son éloquence silencieuse. Il traine son corps mutilé dans la neige, tombe d’une falaise, est emporté par des torrents gelés et se fait attaquer par des Indiens dans une suite impitoyable de péripéties qui seraient presque comiques si elles n’étaient pas aussi terribles… Une traversée de l’enfer qui se transforme au fil du temps en un regard sur la solitude et l’endurance, physique comme psychologique, de l’Homme.

The Revenant

Tourné de manière chronologique et uniquement en lumière naturelle, dans des régions reculées et des conditions de froid extrême, The Revenant a déjà acquis un statut de légende de par les récits de son tournage, qualifié par les acteurs comme un des plus intenses et des plus difficiles de leur carrière. Or c’est justement cette idée de la confrontation entre l’homme et la nature qui est au centre du film.

The Revenant

En effet, The Revenant est d’abord un hymne brutal au monde naturel et à son pouvoir hypnotisant qui nous entraine dès les premières images. Iñárritu et Emmanuel « Chivo » Lubezki, le chef-operateur à qui l’on doit notamment Birdman et Gravity, ont ainsi crée une expérience visuelle et sensorielle immersive, que ce soit lors de cette première bataille épique filmée en plan-séquence, lors de cette scène mythique dans laquelle Glass se fait torturer par un ours, ou tout simplement lorsque l’haleine froide du trappeur vient embuer la caméra. Ce qui aurait simplement pu être un autre drame man versus wild devient un véritable prodige cinématographique, dont le seul inconvénient serait peut-être que nous en sommes constamment conscients.

The Revenant

Si The Revenant cherche la transcendance à travers l’intensité, c’est justement grâce à sa beauté visuelle éblouissante qu’il l’atteint. Le film devient alors véritablement ce « poetic epic » qu’Iñárritu disait rechercher : une histoire poétiquement épique dont la puissance est toute entière dans la violence humaine et naturelle qu’elle parvient à sublimer.