Tale of Tales : un film, trois contes [Critique]

Notre avis

710 Avec sa photographie enchanteresse, ses protagonistes intrigants, son casting impliqué et sa bande originale subtile, il ne manquait pas grand chose à l’ambitieux Tale of Tales pour marquer les esprits. Malheureusement, sa construction chaotique et la réalisation très sage de Matteo Garrone viennent ternir un tableau qui aurait pu être autrement plus réussi. À quand une adaptation du « Conte des Contes » au format Black Mirror ?

Tale of Tales : la critique du film [Filmsactu]

Tale of Tales – la critique du film

Propos :Il était une fois 3 royaumes voisins où, dans de merveilleux châteaux, régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal, une reine obsédée par son désir d’enfant… Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile.

Tale of tales« Ovni ‘del Toresque’ ? »

Il était une fois un cinéphile en mal de fantastique qui se décidait à visionner les deux bandes annonces de Tale of Tales suite aux retours positifs de son entourage. Dans la première, atmosphérique, enivrante – et concoctée pour le Festival de Cannes -, il découvre une direction artistique inspirée, une photographie visiblement léchée et un habillage musical envoûtant au point de rendre ses protagonistes muets. Intrigué, il se penche alors sur la seconde vidéo – élaborée à l’occasion de la sortie en salle du film – et se demande au bout de quelques instants s’il a bien affaire à la même œuvre. Montage ultra-rythmé à coups de punchlines, accompagnement sonore épique, le métrage se présente en effet sous un tout autre visage… Ovni « del Toresque » pour une partie des observateurs de la Croisette, que réserve donc véritablement le conte de Matteo Garrone aux spectateurs ?

Tale of tales« Film ‘d’auteur’ »

Libre adaptation des écrits de Giambattista Basile (qui ont entre autres inspirés Charles Perrault et les frères Grimm), Tale of Tales devrait tout d’abord surprendre ceux qui ont été séduits par les précédentes réalisations de Matteo Garrone (Gomorra, Reality), le réalisateur romain s’y montrant étonnamment timide tant au niveau de la forme que du fond. Mise en scène très sage (voire proche du quelconque), propos global sur l’apparence et l’épanouissement personnel des plus flous, bien malin est celui qui saura, au terme de la séance, expliquer la vision que souhaitait délivrer le double lauréat du Grand Prix cannois. Si les trois contes sélectionnés par le cinéaste et ses scénaristes – parmi la cinquantaine du recueil original – font individuellement sens (tous comportent une morale bien distincte), leur organisation ne semble pourtant répondre qu’à la seule logique du blockbuster : qu’il s’agisse des allers et retours entre les intrigues (et de l’overdose de fondus au noir qui en résulte) ou de leur scène finale commune, tout ce qui contribue à réunir les trois royaumes en un seul et même univers relève de l’artificiel et rend l’ensemble particulièrement chaotique.

Tale of tales« Visuellement magique »

Il faudrait cependant être de mauvaise langue pour réduire Tale of Tales à sa seule construction maladroite. Par bien d’autres aspects, le film sait en effet se montrer séduisant, à commencer par sa photographie signée Peter Suschitzky. Le vétéran et fidèle collaborateur de David Cronenberg est parvenu ici à sublimer les paysages pittoresques italiens servant de toile de fond au récit, au point d’en faire un personnage à part entière, presque magique. Accompagnée de la composition discrète mais subtile d’Alexandre Desplat, ce cadre naturel étrange voit évoluer un bestiaire et des protagonistes rafraichissants, aux antipodes de leurs homologues disneyiens, qui plus est incarnés par un beau casting. Qu’il s’agisse de Toby Jones par son autodérision, de Vincent Cassel par son charme ou de Bebe Cave par sa transformation étonnante, tous apportent de l’épaisseur à des personnages qui auraient néanmoins gagnés à être développés.

Tale of tales« Atypique, pour le meilleur et pour le pire »

Que ce soit par son format malheureux ou sa plastique impeccable, Tale of Tales est un film définitivement atypique où s’entremêlent humour, poésie, luxure et hémoglobine. Si son rythme en dents de scie le maintient à bonne distance d’un Labyrinthe de Pan au sein de la catégorie du fantastique mature, ce coup de projecteur bienvenu sur l’oeuvre de Basile comblera les amoureux de belles images.