Night Call : Donnie Darko a bien grandi [Critique]

Notre avis

810 Alors que tous les yeux sont rivés sur Interstellar, il faudra aussi compter avec Night Call en ce mois de novembre 2014. Avec sa première réalisation, Dan Gilroy offre à Jake Gyllenhaal ce qui restera sans aucun doute l’un des rôles majeurs de sa carrière. Un divertissement aussi bien grisant que tétanisant.

Night Call : la critique du film [Filmsactu]

Night Call : la critique du film

Propos :Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n’aura aucune limite…

Night Call« Night Call restera comme l’un des films les plus originaux de 2014 »



Ses sessions nocturnes lorgnent autant vers Drive qu’À tombeau ouvert. Son anti-héros à un faux air de Patrick Bateman et arrose tous les matins sa plante tel Léon. L’ascension grisante de ce dernier rappelle même les récents No Pain No Gain et Le Loup de Wall Street. Pourtant, il y a fort à parier que Night Call restera comme l’un des films les plus originaux de 2014 de par l’approche de son sujet et la nature de son principal protagoniste. Génialement incarné par un Jake Gyllenhaal délesté de 15 kilos de muscles – et de tout sens moral – Lou Bloom est un opportuniste né, un malfrat, un menteur, un manipulateur ascendant psychopathe. Certes, la vie ne lui a, semble-t-il, pas rendu les choses faciles jusque-là, la crise économique et son air de toqué faisant systématiquement échouer ses tentatives de recherches d’emploi légal. Elle finit pourtant par lui envoyer un signe qui fera « tilt » sous la forme d’une voiture enflammée, gardant prisonnière sa conductrice terrorisée au bord d’une route, l’ensemble filmé par une équipe de professionnels du sensationnel. Témoin fasciné de la scène, Lou vole dès le lendemain un vélo, qu’il échange contre une caméra et une CB. Le voilà autoproclamé reporter indépendant, avec pour copilote la police de Los Angeles…

Night Call

« Seule la puissance de l’image compte »



Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Rarement l’adage n’aura dès lors sonné aussi vrai qu’au visionnage de la première réalisation de Dan Gilroy. Avide de reconnaissance et insensible au destin d’autrui (« Je n’aime pas les gens. Ils ne m’écoutent pas », une réplique empruntée de façon amusante à Donnie Darko), Lou n’a que faire de l’éthique journalistique. Seule la puissance de l’image compte, quitte à ce qu’il faille bouger un cadavre encore chaud pour en améliorer la composition. Il est donc peu dire que la satire médiatique de Gilroy (également scénariste) laisse de côté toute forme de subtilité sur le terrain, un tableau d’ailleurs similaire en coulisses, où l’excellente Rene Russo interprète la directrice des programmes d’une chaîne en mal d’audimat, prête à tout pour garder son job (même à vendre son corps à Lou en échange d’une prise bien sanglante) : « Le fait divers parfait, c’est une femme dévalant une rue d’un quartier huppé en braillant la gorge tranchée ». Par son cynisme à toute épreuve, Night Call s’évite toute boursouflure et fait mouche à tous les coups ou presque, tant le propos est délivré de manière décomplexée.

Night Call

« La prestation magistrale de Jake Gyllenhaal vaut le déplacement »



Critique de l’information en continu, portrait glauque du self-made-man moderne ou dénonciation d’une société malsaine accro au voyeurisme, Night Call (Nightcrawler en véritable VO) n’en reste ainsi pas moins un divertissement jubilatoire qui navigue entre les genres (thriller, comédie noire, found footage) et qui sait entretenir son suspense jusque dans les derniers instants. S’il n’est pas exempt de défauts à l’image de sa bande originale oubliable et d’un troisième acte au rythme inégal, ses qualités, et notamment la prestation magistrale de Jake Gyllenhaal, valent amplement le déplacement.