MISSION IMPOSSIBLE 5 – la critique du film

Notre avis

810 On peut reprocher au réalisateur de Jack Reacher de n’avoir pas apporté à la franchise une touche personnelle aussi palpable que celles de ses prédécesseurs Rogue Nation n’en reste pas moins un puissant blockbuster, tout à fait honorable au regard des précédents opus. Tom Cruise reste indéniablement très fort et Rebecca Ferguson accomplit l’impossible : voler, à plusieurs reprises, la vedette à ce dernier !

MISSION IMPOSSIBLE 5 - la critique du film [Filmsactu]

La franchise Mission Impossible, bien que d’une qualité globale très satisfaisante, a connu des hauts et des bas depuis ses début en 1996 sous la houlette de Brian De Palma. Ce cinquième volet, intitulé « Rogue Nation », s’il ne l’élève pas pour autant, ne fait en rien baisser cette honorable moyenne. Voilà déjà une mission accomplie.

En bientôt vingt ans d’existence au cinéma, cinq films et autant de réalisateurs différents aux manettes, il va sans dire que l’agent Ethan Hunt a connu son lot de crises identitaires. Le 007 américain a même (relativement) touché le fond assez tôt, victime d’un abus de ralentis associé à une overdose de lâché de pigeons, dès sa deuxième incursion sur le grand écran en 2000 sous la direction de John Woo. Malgré la qualité discutable de cette suite, le succès au box-office fut au rendez-vous et la licence accoucha d’un troisième rejeton, engendré cette fois par JJ Abrams en 2006, qui mit le holà sur l’action frénétique de son prédécesseur et recalibra les enjeux à la baisse. Ethan ne devait plus sauver le monde, seulement sa femme, une tâche rendue très ardue par Philip Seymour Hoffman. Puis vint MI 4, sous-titré Protocole Fantôme, de Brad Bird qui raffina en quelque sorte la recette en ajustant le ratio action/narration, avantage à l’action. Quelqu’un a-t-il oublié l’ascension du Burj Khalifa à Dubai, le plus haut building du monde (et pour quelques années encore), à mains nues et par grand vent ?

Mission: Impossible - Rogue Nation


Quatre ans après Protocole Fantôme, Ethan Hunt reprend donc du service devant la caméra de Christopher McQuarrie (Jack Reacher) et avec lui c’est l’indestructible Tom Cruise, 53 ans, qui revient verser sang et eau pour la cinquième fois d’affilée dans le rôle de l’agent turbulent de l’IMF. Si c’est pas de l’abnégation ça… Alors avant toute chose, rendons à Tom Cruise ce qui appartient à Tom Cruise, allez même, donnons-lui ce qui appartient à César parce, à 50 ans passés, il tient lui-même à s’agripper à la carlingue d’un A400M au décollage pour les besoins de son film ! Respect.

Et ça n’est que la scène d’introduction de Rogue Nation. Force est de constater cependant que la suite du film ne parvient pas à égaler cette somptueuse mise en bouche. Évitons d’office toute méprise, Mission Impossible 5 est un bon film et un excellent cinquième épisode, mais l’usure se manifeste ici et là, d’autant que le scénario de McQuarrie ressemble parfois à une liste exhaustive des moments marquants qui ont fait l’histoire de la franchise. Clins d’œil ou non, nous avons donc droit à une course-poursuite à moto qui n’est pas sans rappeler celle du climax de Mission Impossible 2, à un Ethan Hunt traqué par son propre gouvernement comme dans Mission Impossible premier du nom et le troisième acte de Mission Impossible 3. L’IMF doit une nouvelle fois récupérer l’incontournable fichier informatique dans une énième salle ultra-sécurisée, ça ne vous rappelle rien ? Sauf que cette fois-ci, la pièce est immergée… Ajoutez-y un méchant (Sean Harris) qui n’a pas grand-chose d’autre à faire que sa tête de méchant et le tour est joué, vous avez un film pas « gégé », sur le papier seulement.

Mission: Impossible - Rogue Nation


Non, la seule véritable nouveauté est à chercher du côté du casting et elle s’appelle Rebecca Ferguson (La Reine Blanche). Elle est suédoise et relativement inconnue du grand public mais il ne fait aucun doute que son interprétation de Ilsa Faust, agent double qui croise le chemin de Ethan Hunt, va très vite remédier à ce manque de notoriété. Ferguson vole la vedette à tous ses partenaires à tel point que le sourire extra-bright de Tom Cruise lui-même paraît briller moins fort en sa présence. Ilsa est belle, Ilsa est forte, Ilsa est imprévisible… Bon on est tout de même très contents de retrouver Benji Dunn (Simon Pegg), William Brandt (Jeremy Renner) et Luther Stickell (Ving Rhames) pour compléter ce qui est sans doute l’une des meilleurs combinaisons de seconds rôles que nous ait offerte la franchise Mission Impossible jusqu’à présent. Si les deux derniers restent en retrait, Benji, le gourou de l’informatique incarné par Simon Pegg, se voit promu au rang très précaire de meilleur pote d’Ethan, gagnant ainsi en temps d’écran. L’importance croissante accordée au rôle de Simon Pegg, le ressort comique introduit dans MI 3, n’est pas étrangère au ton résolument plus léger que la série adopte depuis Protocole Fantôme. On sauve toujours le monde certes, mais avec le sourire. Rogue Nation persiste dans cette même voie et va jusqu’à s’adonner à une auto-parodie rafraichissante, qui aurait sans doute fait tâche dans n’importe lequel des trois premiers films.

La seule chose que l’on peut reprocher à Christopher McQuarrie, c’est le fait de ne pas avoir apporté à son Mission Impossible une touche personnelle aussi palpable que celles de ses prédécesseurs. Le réalisateur peut néanmoins compter sur un acteur/producteur exemplaire, Tom Cruise, qu’il connait bien pour l’avoir dirigé dans Jack Reacher. Qui dit Mission Impossible dit cascades impossibles et celles-ci ne seraient pas aussi réalistes ni aussi percutantes si Cruise ne les exécutaient (en partie) lui-même. Mais la vraie difficulté de l’exercice et la vraie force de l’acteur cinquantenaire reste d’être aussi crédible suspendu à un building qu’en train d’échanger des vannes avec Simon Pegg. Alors si Rogue Nation est si efficace, si redoutablement divertissant, c’est en grande partie grâce à son acteur principal. À lui et à Rebecca Ferguson.