Les Huit Salopards : ceci n’est pas un Western [Critique]

Notre avis

810

Résolument plus personnel que Django Unchained et Inglorious basterds, Les Huit Salopards est le cadeau de Noël que Quentin Tarantino se fait à lui-même et à tous ceux qui adhèrent à sa vision du cinéma. Un faux western qui lorgne vers la pièce de théâtre, un huis clos parano, superbement interprété et mis en scène, destiné aux amateurs du style verbeux et sanglant de ce réalisateur à part.

Les 8 salopards

Quentin Tarantino chante Agatha Christie

Le pitch des Huit Salopards pourrait être celui d’une histoire d’Agatha Christie mais la comparaison s’arrête ici car la démonstration de violence du dernier film de Quentin Tarantino ferait tourner de l’œil Hercule Poirot, même après le petit déjeuner. Les huit salopards en question n’ont pas usurpé leur sobriquet et tiennent plus de Mister Blond dans Reservoir Dogs que de n’importe lequel des dix petits nègres de Christie. C’est d’ailleurs avec ce dernier (et premier film de Tarantino) que Les Huit Salopards a le plus en commun. Si le contexte historique est grosso modo le même que celui de Django Unchained, c’est l’unité de temps (les événements se déroulent sur une journée), la quasi unité de lieu ainsi que le casting restreint, qui font de ce western qui n’en a que le nom, un proche cousin de Reservoir Dogs. Plus linéaire que ce dernier en terme de structure narrative puisqu’il compte « seulement » trois flashbacks, Les Huit Salopards s’articule autour de la même question vitale : Mais qui est la taupe ?

Les 8 salopardsPlus c’est long… moins c’est court

La mercerie de Minnie est une cocotte-minute qui ne demande qu’à exploser avec suffisamment de pression. Nous sommes quelques années après la fin de la guerre de Sécession et les sujets de discorde ne manquent pas entre ces anciens combattants des deux camps… Imaginez la scène du bar de Inglorious Basterds, dans laquelle des basterds doivent débarquent dans un bar rempli de soldats allemands ivres… mais en plus long, beaucoup plus long. Comme d’habitude chez Tarantino, si la tension est très vite palpable, la pression, elle, monte à son rythme, s’accumulant lentement au fil de dialogues aussi bien écrits qu’interminables, de diatribes enflammées et d’anecdotes verbeuses. Précisons que si le style prolixe de Quentin Tarantino vous déplaît, on ne saurait trop vous conseiller de rester aussi loin que possible de ces huit salopards.

La violence des Huit Salopards éclate quand on ne s’y attend plus, dans ses formes les plus crues,prenant le spectateur au dépourvu. Elle n’est pas grotesque comme les gerbes de sang exagérées de Django ou le massacre grand-guignolesque des nazis dans Inglorious Basterds, mais extrêmement réaliste et parfois choquante, même venant d’un amateur d’hémoglobine tel que Tarantino.

Les 8 salopardsDu neuf avec du vieux

Les Huit Salopards est tourné en Ultra Panavision 70, un format qui n’a été employé que pour une poignée de films au cours de son histoire, la dernière fois en 1966 pour Khartoum avec Charlton Heston. Sans entrer dans les détails, l’Ultra Panavision 70 nécessite des objectifs anamorphiques qui permettent d’obtenir un format d’image nettement plus large que les objectifs traditionnels. S’il y a bel et bien de sublimes paysages capturés ici sur pellicule, la majeure partie du film se déroule pourtant à huis clos, entre les murs de la mercerie. Mais ce qui pourrait, de prime abord, passer pour une décision coûteuse et malheureuse – voire un gâchis pur et simple d’un aussi glorieux format – se révèle être un choix artistique éclairé de la part de Tarantino et de son excellent directeur de la photographie, Robert Richardson.

Cet objectif tord les lignes et les contours. Les distances entre les personnages, entre les objets, deviennent trompeuses, provoquant un sentiment contradictoire et déroutant de grand espace et de claustrophobie. Il faut avouer que cela est assez décontenançant. Mais c’est sans aucun doute l’expressivité des visages qui bénéficie le plus de l’utilisation de ce format si particulier. Jusqu’à la moindre ridule, aucun détail n’échappe à l’objectif. Et le film nous offre de multiples occasions de scruter les visages, à l’affût du moindre indice de culpabilité, espérant (en vain) découvrir le coupable avant la révélation finale. A la question qui est sur toutes les lèvres : s’agit-il du meilleur Tarantino ? La réponse est non… mais Les Huit Salopards est sans doute son film le plus personnel.

Les 8 salopards