Jurassic World : la meilleure suite de la saga ?

Notre avis

710 Entre remake, reboot, mise à jour et hommage, Jurassic World noie le spectateur sous une tonne de références afin de combler les fans de la saga. S’il n’en reste pas moins un bon spectacle, le film de Colin Trevorrow en oublie pourtant de créer sa propre mythologie… Dommage, car le film n’est jamais aussi bon que lorsqu’il prend le risque d’innover.

Jurassic World : la critique du film [FilmsActu]

Jurassic World – la critique du film

Il avait dépensé sans compter et on l’en remercie encore aujourd’hui. Le rêve de John Hammond et, par extension, celui de beaucoup d’entre nous, se concrétise enfin : Jurassic Park ouvre ses portes ! Et autant le dire tout de suite, on prend un pied monumental à découvrir ce gigantesque et paradisiaque parc animalier. Car même si le film joue sur l’attente et la frustration du spectateur en retardant le plus possible l’apparition des premiers dinosaures à l’écran (héritage classique de l’œuvre de Steven Spielberg), force est de constater que le premier acte du film tient toutes ses promesses. Voir pour la première fois à l’écran une scène de randonnée en kayak au milieu de Stégosaures broutant sur le rivage, un gigantesque prédateur marin se nourrissant de requins ou bien encore des enfants chevauchant des bébés Tricératops nous plonge à nouveau dans un imaginaire de tous les possibles. Mais hélas, si cette introduction justifie à elle seule l’existence même du film Jurassic World, elle laisse très (trop) rapidement sa place à la grande thématique de la saga : la bêtise humaine.

Jurassic World

« Vous ne voyez pas le danger inhérent à ce que vous faîtes ici ? Le pouvoir génétique est la force la plus terrible que la planète ait connu et vous la maniez comme un enfant qui a trouvé le flingue de son père » s’insurgeait Ian Malcolm, le fameux mathématicien spécialisé dans la théorie du chaos dans Jurassic Park. Deux décennie plus tard, rien n’a changé, les scientifiques se prennent toujours pour Dieu grâce à une technologie qui n’a désormais pour seule limite que la bêtise humaine. Et cette dernière a un nom : l’Indominus Rex, un monstre hybride (et non un dinosaure) génétiquement modifié, pure création scientifique qui a pour but de redynamiser l’attrait d’un public pour lequel rien n’est impossible. Bien entendu, derrière un questionnement qui résonne avec la thématique abordée dans l’œuvre originale de Michael Crichton (l‘humain peut-il jouer impunément avec la nature ?) se cache surtout un pamphlet très critique vis-à-vis des spectateurs que nous sommes. Si l’Indominus Rex a été créé, ce n’est pas tant pour combler le public fictionnel de Jurassic World que pour satisfaire notre propre besoin de nouveauté et notre volonté absolue de grand spectacle.

Jurassic World

« Jamais vous n’avez eu le contrôle ! C’est ça l’illusion ! J’ai été emballée par le pouvoir de ce parc, mais j’ai commis une erreur moi aussi. Je n’ai pas eu assez de respect pour ce pouvoir et il nous a échappé maintenant ! » – Dr. Ellie Sattler (Jurassic Park)

Et comme la seule véritable erreur est celle dont on ne retire aucun enseignement, l’Indominus Rex s’échappe de son enclos et commence à semer la terreur dans le fameux parc au moment même où les neveux de la scientifique Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) profitent des attractions de Jurassic World. C’est avec cette mission de secours sur fond de chasse au monstre qu’entrent en jeu les dresseurs de raptors Owen Grady (Chris Pratt) et son compère Barry (Omar Sy). Deux personnages qui respectent ces animaux pour ce qu’ils sont et luttent contre les dérives scientifiques du Dr. Henry Wu (BD Wong) et les dérives militaires de l’agent de sécurité Hoskins (Vincent d’Onofrio) qui veut transformer les vélociraptors en véritables chiens de guerre. Car oui, après avoir appris à communiquer avec eux dans Jurassic Park 3, les humains sont désormais capables de les dompter. Autant vous dire que même si le scénario prend tout son temps pour expliquer comment un tel exercice est possible, cette idée ne sera pas forcément évidente à accepter pour les fans de la saga tant le raptor est considéré, dans la mythologie Jurassic Park, comme le dinosaure le plus carnassier, vorace, incontrôlable et malin de tout le bestiaire…

Jurassic World

« Dieu crée les dinosaures. Dieu détruit les dinosaures. Dieu crée l’homme. L’homme détruit Dieu. L’homme crée les dinosaures... » – Dr. Ian Malcolm (Jurassic Park)

Pour autant, cette idée osée et controversée est l’une des rares prises de risques scénaristiques du film qui préfère rester dans l’ombre de Jurassic Park, alignant des scènes d’action certes divertissantes mais terriblement conventionnelles. D’ailleurs, comme pour palier à cette abscence d’originalité et de prises de risques, Jurassic World pousse le fan-service à son paroxysme : des lunettes de vision nocturne de Timmy à la jeep originale du premier parc en passant par les célèbres fusées éclairantes rouges qui servent à attirer les dinosaures, tout y est.

Jurassic World

Le problème est que ces nombreuses références qui brossent le fan dans le sens du poil, des écailles ou des plumes, finissent par agacer. En effet, le film passe tellement de temps à tirer sur la fibre nostalgique de son audience qu’il en oublie de développer sa propre mythologie, de construire ses propres moments épiques et inoubliables. Pire encore, quand la mise en scène de Colin Trevorrow ne plagie pas celle de Spielberg au nom du respect des codes de la saga, ce sont carrément des séquences entières qui repompent le film de 1993 : dans sa trame scénaristique (des dinosaures s’échappent de leur enclos et sèment la terreur dans un parc où 2 enfants débrouillards tentent de survivre), dans le mimétisme de certaines séquences (l’attaque de l’Indominus Rex sur le véhicule circulaire qui rappelle férocement la toute première apparition du Tyrannosaure) ou bien encore dans une construction purement antinomique (on nourrit un Brachiosaure d’un côté, on assiste à la mort d’un Diplodocus de l’autre). Même le personnage de l’informaticien du parc avec un tee-shirt du premier film et sa collection de goodies vintage est une antithèse absolue de l’inoubliable Dennis Nedry. Ainsi, tout semblera très évident aux initiés, jusqu’à la scène d’action finale, attendue car très prévisible.

Pour autant, malgré cette désagréable impression de déjà-vu et des personnages beaucoup moins attachants que ne l’étaient Alan Grant, Ellie Sattler et Ian Malcolm, Jurassic World parvient à emballer le spectateur lorsqu’il prend le temps de développer ses thématiques (notamment le rapport de l’homme à la science et à la nature) et lorsqu’il prend la peine de s’ouvrir à un tout nouveau public en offrant à nos yeux ébahis cette vision tant attendue d’un parc ouvert, fonctionnel et arpenté par des milliers de visiteurs. Car la concrétisation du rêve de John Hammond fera à coups sûrs rêver les plus petits et raviver l’âme d’enfant des fans de la première heure. Divertissement honnnête et dépaysant à défaut d’être le nouveau classique instantanné espéré, Jurassic World est un film hommage, un épisode de transition moins survival horror (et donc un chouïa plus familial) que les précédents opus et qui marque surtout le début d’une toute nouvelle aventure qui aura fondamentalement besoin de s’affranchir des codes de la saga afin de perdurer. Tout en conservant bien sûr l’utilisation des animatroniques et le thème principal de John Williams. On est quand même pas des brutes.