DETROIT : l’uppercut cinématographique de Kathryn Bigelow – critique du film

Notre avis

910 Après Démineurs et la traque de Ben Laden dans Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow signe un nouvel uppercut cinématographique. Détroit est aussi dur qu’il est essentiel.

Detroit fait écho à un autre film de Kathryn Bigelow : le sous estimé Strange Days (1995) tourné au lendemain du tabassage en règle de Rodney King par la police de Los Angeles. Sauf qu’ici, l’histoire n’est pas de la science-fiction.

Alors que Strange Days se situait dans un futur proche et racontait comment des flics descendaient des noirs au cours de contrôles de routine, Detroit témoigne de la folie raciste des forces de l’ordre dans la ville du Michigan en 1967.

Motor City à feu et à sang

Été 1967. Les États-Unis connaissent une vague d’émeutes sans précédent. La guerre du Vietnam, vécue comme une intervention néocoloniale, et la ségrégation raciale nourrissent la contestation. À Detroit, alors que le climat est insurrectionnel depuis deux jours, des coups de feu sont entendus en pleine nuit à proximité d’une base de la Garde nationale. Les forces de l’ordre encerclent l’Algiers Motel d’où semblent provenir les détonations. Bafouant toute procédure, les policiers soumettent une poignée de clients de l’hôtel à un interrogatoire sadique pour extorquer leurs aveux. Le bilan sera très lourd : trois hommes, non armés, seront abattus à bout portant, et plusieurs autres blessés…

Thriller

Kathryn Bigelow ne ménage en rien ses spectateurs. La violence est crue, réaliste, palpable et quasi insupportable. Oeuvre chorale et immersive, Detroit s’intéresse aux parcours de plusieurs individus (blancs et noirs) dont les destins se croisent en cette sinistre nuit du 25 juillet 1967. Alternant entre le film documentaire (l’entrée des forces de police et de l’armée dans un ghetto transformé en zone de guerre), le film d’horreur (la longue scène insoutenable de l’interrogaroire dans l’Algiers Motel fait écho à celle des Vampires dans un bar rednecks d’Aux Frontières de l’Aube), le film de procès et le film politique, Detroit fait office d’uppercut.



Emmené par un casting de premier ordre (John Boyega, Will Poulter, Agee Smith), Detroit est une nouvelle réussite pour une cinéaste dont la colère n’est pas prête de s’éteindre et dont l’oeuvre fait tristement écho à la réalité. Avec sa rage et son absence de compromis, Kathryn Bigelow renoue avec une forme de cinéma qui rappelle les grands films engagés des années 70.



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Aux Etats-Unis, où le film a floppé cet été, la cinéaste a été attaquée par certains médias qui jugeaient qu’elle n’était pas apte à raconter une telle histoire et que seul un réalisateur ou une réalisatrice noire est légitime pour traiter de la ségrégation raciale. Ce à quoi, elle a répondu dans les colonnes de Variety : « Suis-je la mieux placée pour raconter cette histoire ? Certainement pas. Mais j’ai pu le faire, alors que cela faisait cinquante ans que cette histoire attendait d’être racontée« .







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