50 Nuances de Grey : La belle et son prince pas très charmant [Critique]

Notre avis

610 Une question brûle toutes les lèvres : le film de Sam Taylor-Johnson est-il fidèle au roman ? Autrement dit : y aura-t-il du sexe, de la violence et du tabou ? On ne va pas vous mentir : tout ce tohu-bohu autour du caractère sulfureux du film n’était pas vraiment nécessaire. Mais si vous êtes de nature curieuse, le coup d’œil en vaut la peine.

50 Nuances de Grey : la critique du film [FilmsActu]

50 Nuances de Grey : la critique du film

Propos : Anastasia Steele, timide étudiante en littérature, doit interviewer un jeune et riche chef d’entreprise de Seattle, Christian Grey. Dès le premier regard, c’est le coup de foudre. Ils entament alors une romance passionnelle et sexuelle. Anastasia découvre à la fois son pouvoir érotique, mais aussi la part d’ombre de Christian…


50 nuances de Grey



Alors, fidèle au livre ou non ?

Avec son deuxième long métrage (Nowhere Boy) Sam Taylor-Johnson endosse une lourde responsabilité : celle de retranscrire à l’écran 50 Nuances de Grey, le best-seller d’E.L. James de façon à satisfaire aussi bien l’exigence des fans du livre que la curiosité des non-initiés. Dans sa globalité, le film respecte bien l’esprit du livre : les scènes les plus emblématiques, les profils des personnages et le fil de l’histoire sont repris point par point. A l’écran, Jamie Dornan (la série Once Upon a Time) et Dakota Johnson (Need for Speed) sont Christian Grey et Anastasia Steele, deux personnes que tout oppose mais qui deviendront des amants déchirés par leur propre relation. Sous les yeux des lecteurs comme des non-lecteurs, le « conte de fées » commence.

« Éluder le gênant »


Sam Taylor-Johnson ajoute à cette « cauchemardesque féerie » quelques touches d’humour (Les puristes râleront…) à travers les dialogues, dédramatisant ainsi des situations parfois gênantes ou choquantes. C’est ainsi qu’Ana, dans une scène de « dîner d’affaires » très comique en tête-à-tête avec Christian, précise le plus simplement du monde « ne pas vouloir utiliser de pinces à lèvres vaginales lors de leurs futurs rapports« . D’autres touches, ici et là, comme les mimiques de Dakota Johnson – elle se mordille constamment la lèvre inférieure – donnent aussi un aspect « coquin » à l’ensemble du film. Un « enrobage » finalement peu surprenant, puisque le film n’a été interdit qu’aux moins de 12 ans seulement…

50 nuances de Grey

« Un amour sans limites ? »

La réalisatrice parvient, heureusement, à véhiculer le message et les thématiques du livre : une histoire d’amour doit être vécue « à fond », certes, mais jusqu’à quel point ? Le film suscite des réflexions sur la complexité des rapports hommes-femmes, les limites d’une relation amoureuse, mais aussi et surtout la notion de sacrifice et de plaisir sexuel. Anastasia accepte-t-elle que Christian lui donne une fessée parce qu’elle apprécie la douleur, ou uniquement pour le satisfaire ? Le satisfaire ne lui donne-t-elle pas, finalement, aussi du plaisir ?

Autre atout de 50 Nuances de Grey : sa bande originale très présente, immersive, voire enivrante. Constituée de chansons romantiques ou sensuelles inédites interprétées par Ellie Goulding, Sia, ou The Weeknd – sans oublier Beyoncé et sa très hypnotique reprise de Crazy in Love -, elle s’inscrit parfaitement dans l’esprit du film. S’y ajoute une musique instrumentale composée par Danny Elfman, connu pour ses collaborations avec Tim Burton (Dark Shadows).

50 nuances de GreyElle préfère les draps de satin au martinet


Un American Psycho « survolé »

Grand regret : la complexité du personnage de Christian Grey et sa psychologie ne sont pas assez explorées à l’écran. A l’origine, ce businessman milliardaire très sûr de lui est un « maniaque du contrôle », comme l’appelle Ana. C’est un Dominant dans tous les sens du terme. Il harcèle la jeune femme de coups de fils et de mails, choisit les circonstances de leurs rencontres et décide de la nature de leurs rapports sexuels – s’ils doivent être doux ou violents. Jamie Dornan et son air poupin peinent à incarner ce faux prince charmant. Au final, c’est son côté « ancien enfant battu » et « homme torturé » qui ressort le plus. Quant à Anastasia, sa timidité et sa force de caractère la rendent attachante. Les lectrices et spectatrices pourront aisément s’identifier à la jeune femme, malgré le corps un peu trop « parfait » de Dakota Johnson (déjà vivement critiquée lors de la diffusion des premières bandes annonces). Autre déception : Ana manque un peu d’émotivité. On ne la voit jamais pleurer comme dans le livre. Il lui arrive même de sourire pendant une fessée… Une erreur de montage ?

50 Nuances de Grey n’est ni un film érotique et encore moins un drame pornographique, mais bel et bien une romance passionnelle. Qu’on ne s’y méprenne pas : nous n’y trouverons pas de « scène culte » comme l’avait été celle de La Vie d’Adèle(pour ne citer qu’elle). La simple vue de la Chambre Rouge – très bien reconstituée- nous fait frémir. Mais ça s’arrête là : la réalisatrice préfère les draps de satin au martinet. Madame Taylor-Johnson est une grande romantique et elle se fait plaisir. Peut-être fera-t-elle preuve de plus de piquant dans un 50 Nuances de Grey 2 ? On l’espère…